Le poids du silence.

Il est des choses difficiles à dire. Parce que difficiles à vivre, à admettre et à comprendre.

« Pourquoi n’as-tu rien dit ? »
Oui, pourquoi n’as-tu rien dit, toi, la petite fille rêveuse toujours un peu joyeuse. Pourquoi n’as-tu rien dit…

C’est la première fois que la question m’est posée aussi directement. C’est la première fois qu’on me demande de fournir une réponse. J’en ai une, même plusieurs : la peur, la culpabilité, la honte… Le silence était rassurant, réconfortant.

Le silence était mon allié. C’était mon secret. J’ai entendu l’histoire d’une fille qui avait vécu la même chose que moi. J’ai entendu les réactions des adultes autour de moi. J’ai voulu parler pour la première fois, et j’ai décidé de me taire.

J’ai attendu. J’ai enfoui mon secret au plus profond. Il m’a rongée, alors que je croyais l’avoir oublié. Il a peuplé mes nuits de cauchemars, il a peuplé mes jours de peur et d’anxiété, de stress et de solitude. Il m’a rendue différente, je me suis mise à l’écart. Et j’ai grandi d’un coup, enfermée dans un monde où la lumière et l’ombre bataillaient sans cesse.

C’est mon corps qui a tout trahi. C’est mon corps qui m’a délivrée. J’ai pris conscience du poids du silence dans lequel j’étais piégée. Alors tout est sorti d’un coup. Certainement de travers. Et personne ne voulait vraiment l’entendre. J’avais trop attendu. Et ce que j’avais à dire a fait du mal. Tellement de mal, trop de mal… Et le silence est apparu une nouvelle fois comme le refuge. Emmenant au loin la guérison, le pardon, la rédemption.

C’est mon corps qui trahit le traumatisme. C’est mon corps qui exprime un mal-être encore bien présent. C’est mon corps qui dit stop. Et mon coeur aspire à la réconciliation.

Je n’y arrive pas seule et cela me coûte de l’admettre. La guérison prend du temps, plus de temps que je ne le souhaiterais et j’apprends à l’accepter. J’aimerais que ma parole ne blesse plus, j’aimerais que les mots ne fassent plus peur. J’aimerais faire une croix, tirer le rideau. Mais je ne veux plus faire comme si ça n’était pas arrivé. Je n’ai pas la force de me mentir, et de minimiser ma souffrance. C’est une question d’équilibre : pour construire ma vie autour du bonheur que je m’autorise enfin à ressentir, je me dois d’être complètement honnête avec moi-même. Je refuse d’être seule face à tout ça, c’est tout.

2 commentaires sur “Le poids du silence.

  1. Il faut dire, parler Julie. C’est essentiel. Même si ça fait mal autour.
    Les gens doivent aussi apprendre à accueillir tes maux.
    On ne peut pas passer sa vie à se taire. Ton corps te le rappelle et alors il faut l’écouter.
    Tu n’as pas à porter seule ce poids, même si tu l’as fait pendant tant d’années. Aujourd’hui tu sais que pour guérir cela doit sortir. C’est te respecter et t’aimer que de dire.
    Je t’envoie d’affectueuses pensées et n’hésite pas si tu as besoin de parler, de te confier.
    Je t’embrasse fort.

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