Le poids du silence.

BLOG

Il est des choses difficiles à dire. Parce que difficiles à vivre, à admettre et à comprendre.

« Pourquoi n’as-tu rien dit ? »
Oui, pourquoi n’as-tu rien dit, toi, la petite fille rêveuse toujours un peu joyeuse. Pourquoi n’as-tu rien dit…

C’est la première fois que la question m’est posée aussi directement. C’est la première fois qu’on me demande de fournir une réponse. J’en ai une, même plusieurs : la peur, la culpabilité, la honte… Le silence était rassurant, réconfortant.

Le silence était mon allié. C’était mon secret. J’ai entendu l’histoire d’une fille qui avait vécu la même chose que moi. J’ai entendu les réactions des adultes autour de moi. J’ai voulu parler pour la première fois, et j’ai décidé de me taire.

J’ai attendu. J’ai enfoui mon secret au plus profond. Il m’a rongée, alors que je croyais l’avoir oublié. Il a peuplé mes nuits de cauchemars, il a peuplé mes jours de peur et d’anxiété, de stress et de solitude. Il m’a rendue différente, je me suis mise à l’écart. Et j’ai grandi d’un coup, enfermée dans un monde où la lumière et l’ombre bataillaient sans cesse.

C’est mon corps qui a tout trahi. C’est mon corps qui m’a délivrée. J’ai pris conscience du poids du silence dans lequel j’étais piégée. Alors tout est sorti d’un coup. Certainement de travers. Et personne ne voulait vraiment l’entendre. J’avais trop attendu. Et ce que j’avais à dire a fait du mal. Tellement de mal, trop de mal… Et le silence est apparu une nouvelle fois comme le refuge. Emmenant au loin la guérison, le pardon, la rédemption.

C’est mon corps qui trahit le traumatisme. C’est mon corps qui exprime un mal-être encore bien présent. C’est mon corps qui dit stop. Et mon coeur aspire à la réconciliation.

Je n’y arrive pas seule et cela me coûte de l’admettre. La guérison prend du temps, plus de temps que je ne le souhaiterais et j’apprends à l’accepter. J’aimerais que ma parole ne blesse plus, j’aimerais que les mots ne fassent plus peur. J’aimerais faire une croix, tirer le rideau. Mais je ne veux plus faire comme si ça n’était pas arrivé. Je n’ai pas la force de me mentir, et de minimiser ma souffrance. C’est une question d’équilibre : pour construire ma vie autour du bonheur que je m’autorise enfin à ressentir, je me dois d’être complètement honnête avec moi-même. Je refuse d’être seule face à tout ça, c’est tout.

L’année des 30 ans : un cap à passer pour faire la paix avec soi et s’aimer mieux.

BLOG

Dans quelques mois, j’aurai 30 ans. Je me souviens avoir lu de nombreux articles de jeunes femmes appelant cette étape de leur vie « un cap ». J’en souriais. Je trouvais ça un peu drôle, et peut-être même exagéré. Je me disais que c’était une façon d’écrire pour attirer des vues, gonfler les statistiques. Aujourd’hui, j’ai honte d’avoir pensé cela. Honnêtement, je demande pardon. Vous pouvez rire de moi, parce que… parce que j’étais loin d’avoir compris à quel point ce serait difficile d’avoir 30 ans.

*

Si je devais lister des mots pour décrire comment l’année de mes 30 ans à débuter, j’écrirais ceci : DÉPRESSION, ANXIÉTÉ ET CRISES DE LARMES, DOULEURS ET TRISTESSE, DOUTES, COLÈRE ET INCOMPRÉHENSION, AMERTUME, ÉPUISEMENT, PEURS ET ANGOISSES

Rien de bien folichon, n’est-ce pas ? Et pourtant, si vous saviez…

Quand j’ai compris qu’il me serait impossible de m’en sortir seule, quand j’ai demandé de l’aide et que j’ai commencé à me soigner – oui, oui, la dépression est une maladie -, quand j’ai vu multiplié les rendez-vous avec une psychologue, j’ai senti comme tout ceci était nécessaire. J’ai compris que je m’effondrais pour de bon, que ma carapace explosait, que la douleur était incommensurable et que j’allais m’en sortir.

Un renouveau, une libération, une renaissance.

Depuis Novembre 2018, j’ai appris que la paix avec soi était possible et qu’il me fallait faire plusieurs choses : faire face à mon passé sans me défiler, prendre du recul vis à vis du regard des autres pour découvrir qui j’étais et qui je voulais être, savourer l’instant présent, lâcher prise sur ce que je ne peux pas contrôler, accepter que la vie n’est pas un long fleuve tranquille, me faire confiance et oser parce qu’il n’y a qu’en faisant des erreurs qu’on apprend et que rien n’est très grave tant qu’on prend le temps de trouver une solution, poser mes limites et me protéger, garder espoir quoi qu’il arrive et assumer de suivre ma propre voie.

L’année des 30 ans est un cap en ce qu’il offre de liberté : on se détache de ce qu’on a toujours connu pour avancer lentement vers ce qui nous attire et qui ne nous effraie plus. J’ai ouvert les yeux sur tout ce que je n’acceptais pas chez moi, je me suis pardonnée les erreurs du passé que j’aurais aimé ne pas commettre. Je me suis débarrassée de la colère et de l’amertume qui teintaient de noir les souvenirs heureux à préserver. J’ai ouvert mon coeur à l’Amour et ses défauts, ses imperfections et ses belles surprises. J’ai accueilli ma sensibilité comme un cadeau, je l’ai faite mienne. J’ai ressenti ces chatouilles dans le ventre, d’abord discrètes, et puis mon coeur s’est gonflé de douceur, et puis mon âme a sautillé de joie.

La Joie. A 30 ans, la Joie est possible. Ce sentiment ancré, durable, d’avoir trouvé le chemin de la paix envers soi et avec les autres. Cette capacité à ne pas laisser les émotions tout submerger, alors libérées du poids du passé. Ce mouvement de bienveillance et de douceur pour offrir autour de moi un peu d’amour à parsemer et à partager. A 30 ans, c’est ce bonheur-là qui se dessine, celui des joies simples, d’un quotidien vécu à deux, d’un lien précieux avec ma famille et mes ami(e)s.

Je me souviendrai toute ma vie de l’année de mes 30 ans.

La dépression, ou comment ma vie a changé.

BLOG

Si l’écriture a toujours été source de libération, ces derniers mois m’ont fait comprendre comme il était important de dire. Nous sommes avant tout des créatures dotées de langage, ces mots formés, pensés, exprimés voyagent vers l’autre qui les reçoit et qui a son tour peut choisir le silence ou les mots comme réponse.

Ces derniers mois, j’ai beaucoup parlé. À une femme médecin puis à une psychologue. Et puis à mon amoureux, à nos familles, à mes ami.e.s. Parler n’avait finalement jamais été aussi important que durant ces derniers mois, parole libératrice.

En ouvrant cette chaîne Youtube, je m’engageai à ne pas laisser le silence m’envelopper de nouveau. J’ai reculé la réalisation d’une vidéo sur la dépression mais la vérité est que je n’aurais pu continuer sans en parler. La dépression participe à construire la personne que je suis en train de devenir. Et j’en suis bien heureuse.

J’aurais pu me contenter d’écrire comme je l’ai fait tant de fois. Cependant, la dépression peut parvenir à détruire une vie quand on la condamne au silence. J’ai voulu à travers cette vidéo de 40 minutes décrire mon cheminement et le long processus d’appréhension et de guérison de la dépression, j’ai souhaité porter un message de vérité, d’amour, de bienveillance et d’espoir.